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Émotions et humeur

J’ai des sautes d’humeur, je ne me reconnais plus, que se passe-t-il?

Pendant la grossesse, vos émotions peuvent être plus fortes et plus changeantes que d’habitude. Les sautes d’humeur sont généralement ressenties au premier et au troisième trimestre. Mais certaines femmes en ressentent tout au long de la grossesse.

Les causes hormonales

Plusieurs hormones sécrétées en grande quantité, pour assurer le bon déroulement de la grossesse et le développement du bébé, ont des effets différents sur votre corps :

  • les oestrogènes ont un effet excitant;
  • la progestérone donne envie de dormir;
  • la prolactine (hormone de l’allaitement) a un effet relaxant;
  • la dopamine déclenche des sensations de plaisir;
  • le cortisol (hormone du stress) rend irritable et hypersensible;
  • La variation et l’interaction de ces différentes hormones entre elles provoquent des déséquilibres et des changements d’humeur rapides.

Les causes psychologiques

Devenir mère est un gros changement et c’est toute notre identité, ainsi que l’équilibre du couple, qui sont soudain remis en question. Il n’est pas étonnant que cela provoque des questionnements, des doutes et des angoisses, qui peuvent varier selon les femmes, par exemple : peur de ne pas savoir s’occuper du bébé, peur de l’accouchement, inquiétudes devant les transformations de son corps ou autre.

L’arrivée d’un bébé est très souvent l’occasion pour les nouveaux parents de revisiter leurs relations avec leurs propres parents. Parfois, des traumatismes ou des déceptions de l’enfance sont réactivés et entraînent des bouleversements affectifs. Cela peut toutefois être très positif et cette période de crise peut être un tremplin pouvant permettre d’importants changements afin de mieux accueillir le bébé.

Dans tous les cas, il est important de parler à votre entourage de ce que vous ressentez et de demander conseil à un professionnel de la santé au besoin. De plus, les cours de préparation à la naissance peuvent vous permettre de dédramatiser la grossesse et l’accouchement et de diminuer les angoisses que vous pouvez ressentir.

Est-ce que mes sautes d’humeur ont un impact sur mon bébé?

Il est difficile d’évaluer avec précision l’impact de vos sautes d’humeur sur le bébé, et la plupart sont causées par les hormones dont il a de toute façon besoin pour se développer.

Quoi qu’il en soit, il est impossible d’éliminer toute émotion négative durant la grossesse, cela fait partie de la vie et on ne peut pas contrôler tout ce que l’on ressent.

Votre état émotif peut cependant avoir des conséquences si vous ne dormez pas bien ou si vous ne mangez pas bien. Vous pourrez par exemple courir le risque d’avoir un accouchement prématuré ou un bébé de petit poids.

Si vous souffrez d’une véritable dépression, et que celle-ci n’est pas traitée, il est possible que la situation s’aggrave après la naissance et que cela nuise à vos interactions avec votre bébé, ce qui peut avoir des conséquences sur son développement.

Consultez la section « Je suis heureuse d’être enceinte, pourquoi suis-je déprimée ou anxieuse malgré tout? » pour en savoir plus sur la dépression pendant la grossesse.

Je suis heureuse d’être enceinte, pourquoi suis-je déprimée ou anxieuse malgré tout?

Même les femmes qui désiraient très fortement un bébé peuvent se sentir déprimées au cours de leur grossesse, en raison des modifications hormonales et parce que devenir mère peut être une source d’angoisse. 

La fatigue peut entraîner un état dépressif et se reposer ou dormir suffit parfois pour arranger les choses. N’oubliez pas que vous avez besoin de repos : pendant la grossesse, votre corps travaille 24 heures sur 24 pour fabriquer un autre être humain! Si votre état dépressif est léger, faire de l'activité physique pourrait également vous remonter le moral.

Il est toutefois possible que vous souffriez de dépression. C’est le cas d’environ 10 % des femmes enceintes, il est important de ne pas vous sentir coupable et d’en parler.

Certains facteurs peuvent augmenter le risque de dépression : le manque de soutien du partenaire, l'isolement, des antécédents d'abus ou de violence, une dépendance à des drogues ou à l'alcool,  des événements stressants vécus récemment (décès d'un parent, déménagement, changement d'emploi), des prédispositions génétiques (parents dépressifs par exemple), une histoire antérieure de dépression,  des relations difficiles avec les parents durant l’enfance (mère en particulier), etc.

Certaines femmes présentent plutôt un trouble anxieux durant leur grossesse. Plusieurs chercheurs parlent de l’« anxiété spécifique à la grossesse », qui est décrite comme l’ensemble des peurs et des préoccupations exprimées  par la femme au sujet de sa santé, de celle de son bébé à venir, du suivi médical et de l’hospitalisation, de l'accouchement et de ses suites, et du rôle de mère. Selon les recherches récentes, on estime que de 15 à 20 % des femmes en souffrent.

Quand demander de l’aide?

Si vous éprouvez un ou plusieurs des symptômes suivants tous les jours durant plus de deux semaines, et que cela vous empêche de prendre soin de vous, de vos enfants ou de bien faire votre travail, mieux vaut consulter un médecin :

  • humeur dépressive ou tristesse extrême;
  • anxiété importante : préoccupations au sujet du bon déroulement de la grossesse, peurs pour votre santé ou celle du bébé, peur de l’accouchement, inquiétudes au sujet de votre relation conjugale et questionnement quant à vos compétences de future mère;
  • crises de panique;
  • phobies de tous types;
  • crises de larmes sans raison apparente;
  • sentiments d'inutilité ou de désespoir;
  • sentiment de manque de contrôle;
  • grande fatigue;
  • difficulté à se concentrer ou pensées désordonnées;
  • sentiments de culpabilité ou d'insuffisance en tant que future mère;
  • changement dans le sommeil ou l'appétit;
  • isolement face à son partenaire, à sa famille, à ses amis et ou à ses collègues;
  • pensées suicidaires;
  • pensées incitant à faire du tort aux autres.

Certains antidépresseurs et certains médicaments anxiolytiques peuvent être utilisés pendant la grossesse sans danger pour le fœtus. Parlez-en à votre médecin.

Comment combattre le stress ?

Le stress est une réaction normale et utile qui nous permet de faire face aux événements de la vie. Mais trop de stress peut avoir des conséquences négatives sur notre santé et provoquer par exemple :

  • de l’anxiété;
  • des tensions ou des douleurs musculaires;
  • de la fatigue;
  • des maux de tête;
  • des palpitations;
  • des maux de ventre;
  • de l’insomnie;
  • de la mauvaise humeur;
  • de la tristesse...

Trucs pour diminuer le stress

  • Identifiez ce qui vous stresse.
  • Évitez les situations qui vous stressent ou essayez de les changer.
  • Quand quelque chose vous stresse, prenez une grande respiration et demandez-vous si cela vaut la peine de vous en faire.
  • Chaque jour, prenez du temps pour vous et faites quelque chose qui vous fait du bien.
  • Respirez profondément.
  • Détendez-vous.
  • Dormez 7 à 8 heures par nuit. En cas de besoin, consultez nos Trucs pour mieux dormir.

Exercice de respiration

 

 

  • Allongez-vous confortablement en desserrant éventuellement votre ceinture.
  • Placez les mains sur votre ventre.
  • Inspirez par le nez et sentez votre ventre se gonfler doucement.
  • Retenez l’air pendant 2 à 4 secondes et concentrez-vous sur ce qui se passe en vous.
  • Expirez par la bouche, en rentrant le ventre, pendant 2 à 4 secondes.
  • Si vous le souhaitez, attendez 2 à 4 secondes avant de reprendre de l’air.
  • Recommencez du début quatre fois.

Exercice de relaxation

  • Installez-vous confortablement dans un endroit calme et fermez les yeux.
  • Détendez chaque partie de votre corps l’une après l’autre en commençant par les pieds et en remontant jusqu’à la tête. Prenez 10 à 20 secondes pour détendre chacune des parties : orteils, chevilles, mollets, cuisses, fesses, bas du dos, milieu du dos, haut du dos, ventre, épaules, cou, mains et doigts…
  • Relâchez les lèvres et ouvrez légèrement la bouche.
  • Laissez tomber les joues.
  • Déplissez le front.
  • Restez comme cela pendant quelques minutes puis étirez-vous.

Si vous ne réussissez pas à diminuer votre niveau de stress, n’hésitez pas à demander des conseils à vos amis ou votre famille. En cas de besoin, adressez-vous à une professionnelle de la santé comme une psychologue ou une travailleuse sociale.

Comment réagiront les frères et soeurs à la venue du bébé?

Quel que soit leur âge, vos enfants peuvent avoir des sentiments complexes à l'arrivée d'un nouveau membre dans la famille, ce qui est tout à fait normal.

  • Intérêt : l'enfant est attiré par le bébé, il a envie de le toucher, de lui donner des soins et de lui manifester des gestes d'amour.
  • Fierté : l'enfant se sent grand et responsable. Il est fier de présenter le bébé à son entourage.
  • Déception : l'enfant peut-être déçu car le bébé ne correspond pas à ce qu'il avait imaginé (par exemple, il dort tout le temps et ne peut pas jouer). De plus, il peut être une source d'interdits frustrants (par exemple, il ne faut pas faire de bruit pour ne pas le réveiller).
  • Jalousie : l'enfant peut être jaloux du bébé qui capte toute l'attention, qui reçoit des cadeaux et qui lui prend « sa » place. Il souffre de ne plus être l'unique centre d'intérêt et craint de ne plus être aimé.

Trucs pour rassurer les frères et soeurs

  • Faites leur sentir les mouvements du bébé en plaçant leur main sur votre ventre.
  • Impliquez-les en leur demandant de vous aider à préparer la chambre du bébé ou à la décorer, par exemple avec des dessins.
  • Parlez de l'arrivée du bébé avec eux et expliquez-leur de quoi il aura besoin.
  • Dites-leur que vous les aimez et montrez-leur de l'affection.
  • Accordez-leur des moments d'attention privilégiée et demandez à vos proches de faire de même.
  • Impliquez-les dans les soins, si leur âge le permet.
  • Lorsque l'aîné démontre de l'agressivité, répondez-lui tendrement, tout en restant ferme. 

Contenu diffusé avec l’autorisation du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) et adapté par le CIUSSS du Nord-de-l'Île-de-Montréal.