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Vivre un deuil périnatal

Qu'est-ce que le deuil périnatal?

On appelle deuil périnatal le deuil vécu par les parents de bébés décédés pendant la grossesse (in utero), durant l'accouchement ou au cours de la première année suivant la naissance.

Chaque année, au Québec, près de 23 000 familles sont touchées par le décès d'un bébé.

Comme tout autre deuil, le deuil périnatal peut être accompagné d'émotions intenses et douloureuses (voir la section Quel type d'émotions vais-je ressentir?), même si les parents n'ont pas connu leur bébé. Il est parfois particulièrement difficile à vivre pour les raisons suivantes :

  • décès soudain et imprévisible;
  • absence de souvenirs concrets;
  • dans certains cas, manque de reconnaissance sociale.

Quelles sont les causes de décès périnatal?

Le décès périnatal regroupe différentes situations, notamment :

Fausse couche :

Décès d'un embryon ou d'un foetus de moins de 500 grammes survenant au cours des 20 premières semaines de grossesse. Il s'agit du type de décès périnatal le plus fréquent. On estime qu'environ 15 à 20 % des grossesses de moins de 12 semaines se terminent de cette façon pour les femmes âgées de moins de 35 ans; plus l'âge maternel augmente, plus la fréquence des fausses-couches s'accroît (voir la section « Grossesse tardive »). La fausse-couche peut avoir des causes très diverses (mauvais développement de l'embryon, infection, problème hormonal, anomalie génétique, etc.) et il est impossible de savoir pourquoi elle se produit. Lorsque les signes d'une fausse-couche surviennent (le plus souvent des saignements), l'embryon a généralement cessé de se développer, parfois depuis un certain temps; cela explique pourquoi, si votre vie n'est pas en danger (hémorragie par exemple), votre situation n'est pas considérée comme une priorité au service d'urgence, malgré toute la détresse que vous pouvez ressentir.

Interruption médicale (ou thérapeutique) de grossesse :

Acte médical pratiqué pour mettre un terme à une grossesse en raison d'un problème médical chez le foetus (malformation congénitale ou anomalie génétique, par exemple) ou chez la mère (par exemple si la poursuite de la grossesse est dangereuse pour sa santé). La décision finale est prise par les parents, après recommandation médicale.

Mortinaissance (ou mort foetale) :

Décès d'un foetus de plus de 500 grammes ou de plus de 20 semaines survenant pendant la grossesse ou l'accouchement. Selon l'Institut de la statistique du Québec, en 2007, au Québec, le taux de mortinaissance était de 4,2 pour 1000 naissances. Dans la plupart des cas, la cause précise de la mort foetale ne peut pas être établie. Toutefois, certaines catégories générales peuvent être définies : causes génétiques (ex. : anomalie des chromosomes, comme la trisomie 21), causes infectieuses (ex. : infection à la Listeria), causes liées au placenta (ex. : décollement prématuré du placenta), causes liées à une pathologie foetale (ex. : malformation congénitale cardiaque), etc.

Mort néonatale :

Décès d'un bébé au cours des quatre premières semaines de vie. Selon l'Institut de la statistique du Québec, en 2007, au Québec, le taux de mortalité néonatale était de 3 pour 1000 naissances. La naissance prématurée est l'une des causes les plus fréquentes de mort néonatale. Les autres causes sont, par exemple, le faible poids à la naissance, les complications liées au cordon et aux membranes du placenta, les infections, le manque d'oxygène, etc.

Syndrome de mort subite du nourrisson (SMSN) :

Décès inattendu et sans cause médicale apparente d'un bébé en bonne santé, généralement pendant son sommeil. Le syndrome de mort subite du nourrisson frappe un peu moins de 1 bébé sur 1 000 au Canada. Il se produit avant un an, entre deux et quatre mois dans 70% des cas. Les causes du SMSN demeurent incertaines. L'autopsie du bébé permet d'identifier la cause précise dans un cas sur dix seulement. Beaucoup de chercheurs pensent que le SMSN est en fait causé par un ensemble de troubles distincts.

En cas de décès avant la naissance, comment vais-je accoucher?

Plusieurs procédures peuvent vous être proposées selon le stade de la grossesse. Votre médecin discutera avec vous des différentes possibilités et de celle qui est la plus adaptée à votre situation.

Avant 12 semaines (premier trimestre)

Attente de l'expulsion naturelle (expectative)

Lorsqu'une femme fait une fausse-couche, son corps peut expulser naturellement tout le contenu de l'utérus (cela peut parfois prendre plusieurs jours). On parle alors d'expulsion complète. Celle-ci est vérifiée lors d'une échographie de contrôle. Si l'expulsion reste incomplète, il est nécessaire d'intervenir pour éviter une infection.

Traitement médical

Un traitement par un médicament (misoprostol) peut être utilisé pour provoquer des contractions et conduire à l'expulsion du contenu de l'utérus. Ce traitement se fait à domicile et le suivi a lieu à la clinique une dizaine de jours plus tard. Dans certains cas, les saignements peuvent être abondants et le processus peut être douloureux et durer plusieurs heures. Des médicaments contre la douleur et contre la nausée peuvent être prescrits.

Traitement chirurgical : dilatation et curetage

La dilatation et le curetage sont réalisés la plupart du temps en clinique externe avec des médicaments intraveineux qui diminuent la douleur et aident à se relaxer. La procédure dure de 10 à 15 minutes : le médecin aspire le contenu de l'utérus au moyen d'un petit tube (canule) relié à un aspirateur. Dans certains cas, on peut vous recommander de prendre un médicament (misoprostol) quelques heures avant, afin de préparer le col de l'utérus à la procédure.

Pendant quelques heures et jusqu'à deux à trois jours après le curetage, vous pouvez ressentir des douleurs légères dans la région du bassin (région pelvienne). Pour soulager la douleur, vous pouvez prendre de l'acétaminophène (ex. : Tylénol®) ou de l'ibuprofène (ex. : Advil®) toutes les quatre à six heures, au besoin, et/ou appliquer de la chaleur (bouillotte). Il est également possible de ressentir de la fatigue, des nausées et une sensibilité aux seins durant environ une semaine.

Les complications de la dilatation et du curetage sont peu fréquentes. Toutefois, il est conseillé de vous rendre à l'hôpital ou d'appeler Info-Santé au 811 si vous avez les symptômes suivants :

  • fièvre supérieure à 38,5° persistant plus de 24 heures;
  • douleurs ou crampes abdominales importantes ou qui augmentent;
  • saignements vaginaux abondants (une serviette hygiénique complètement imbibée en une heure, durant deux heures de suite);
  • pertes vaginales ayant une mauvaise odeur.

Vos menstruations devraient en principe revenir 4 à 6 semaines après l'intervention. Si elles ne sont pas revenues au bout de 8 semaines, il est recommandé de consulter un médecin. 

Entre 13 et 23 semaines

Accouchement par voie vaginale

Les contractions et l'accouchement vaginal peuvent être provoqués, à la salle d'accouchement, à l'aide de misoprostol ou d'oxytocine. Il est possible de soulager la douleur de la procédure par des médicaments ou par une péridurale. Le travail et l'accouchement peuvent être difficiles à vivre sur le plan émotionnel lorsque vous savez que votre bébé est décédé ou qu'il ne survivra pas après la naissance. L'équipe de soin est là pour vous aider à traverser cette épreuve.

Dilatation et extraction 

Il s'agit d'une procédure chirurgicale visant à vider le contenu de l'utérus. Il faut préparer le col de l'utérus à cette intervention un ou deux jours avant.

Césarienne

Dans certains cas rares et particuliers, une césarienne peut être nécessaire. Elle n'est effectuée que si elle est recommandée par votre médecin.

Un engorgement des seins et/ou une montée laiteuse peuvent survenir. C'est un phénomène normal qui disparaîtra après quelques jours. Voici quelques conseils pour soulager la tension :

  • Prenez un antidouleur comme l'acétaminophène (ex. : Tylénol®) ou un anti-inflammatoire comme l'ibuprofène (ex. : Advil® ou Motrin®).
  • Appliquez un sac de glace (ou de légumes ;congelés) sur vos seins (par périodes de 20 minutes maximum).
  • Évitez d'appliquer le jet de la douche sur vos seins.
  • Portez un soutien-gorge ajusté qui ne vous écrase pas les seins, 24 heures sur 24, pendant toute la durée de la montée laiteuse.
  • Évitez d'extraire le lait, pour ne pas stimuler la production (sauf en cas d'engorgement, où il est conseillé d'extraire le lait pour éviter la mastite).

Après 23 semaines

Sauf dans certains cas rares et particuliers qui nécessitent une césarienne, on provoque les contractions et l'accouchement vaginal (voir ci-dessus).

Puis-je voir ou toucher mon bébé?

Lorsque l'accouchement a lieu par voie vaginale ou par césarienne, vous pouvez voir et toucher votre bébé après la naissance. Vous avez le droit de garder votre bébé auprès de vous aussi longtemps que vous le souhaitez et vous pouvez faire venir des proches si vous le désirez.

Certains parents craignent que la vue de leur bébé soit traumatisante ou leur laisse un mauvais souvenir. Toutefois, la plupart des parents qui ont vu et touché leur bébé affirment que cela leur a fait du bien et les a aidés dans leur deuil. Dans tous les cas, la décision vous appartient. 

Contenu diffusé avec l’autorisation du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) et adapté par le CIUSSS du Nord-de-l'Île-de-Montréal.