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Faire son deuil

Combien de temps dure le deuil?

La période de deuil varie beaucoup d'une personne à l'autre et il est impossible de déterminer une durée qui serait soi-disant « normale ».

Des recherches montrent toutefois que l'intensité des émotions est généralement plus forte durant les six mois qui suivent le décès. Certains événements comme la date d'anniversaire de naissance ou les fêtes de famille peuvent raviver la douleur.

Si, durant le processus de deuil, vous en ressentez le besoin, il peut être utile de demander de l'aide à un professionnel de la santé ou à une association de soutien.

Quel type d'émotions vais-je ressentir?

Les émotions ressenties peuvent être très diverses et elles varient d'une personne à l'autre. Il est important de les reconnaître et de les partager avec vos proches afin de ne pas vous sentir seule.

Les psychologues qui ont étudié le deuil périnatal ont constaté que la plupart des parents passaient par les phases suivantes :

  1. Le choc : durant cette phase, les parents refusent la réalité. Ils sont souvent confus, anxieux et ont un sentiment d'irréalité.
  2. La révolte : durant cette phase, les parents cherchent une explication ou un coupable. Ils ressentent souvent de la colère, de la frustration, de la culpabilité, de l'agressivité et ont tendance à s'isoler.
  3. La désorganisation : durant cette phase, les parents prennent conscience du caractère définitif de la perte. Les émotions ressenties sont généralement l'anxiété, la peur, l'impuissance, la douleur, le chagrin, la jalousie envers les autres parents. La communication peut devenir difficile entre les conjoints(es), chacun se repliant sur lui-même.
  4. Le désespoir : cette phase est celle de la véritable prise de conscience de la perte. Elle est généralement caractérisée par la tristesse, le repli sur soi, l'insomnie, la difficulté à se concentrer, les états dépressifs.
  5. La réorganisation ou l'adaptation : à cette étape, les parents commencent à accepter la perte et tentent de redonner du sens à leur vie, s'engagent de nouveau dans des activités. Les sentiments de douleur et d'anxiété sont toujours présents, mais ils sont moins forts et moins fréquents.

Ces phases peuvent se chevaucher et ne sont pas forcément vécues dans le même ordre ou avec la même intensité par tout le monde. Une personne peut même passer d'une phase à l'autre, puis revenir à une phase antérieure.

En plus des émotions, il est possible d'éprouver des réactions physiques comme de la tension musculaire, une diminution de l'appétit, un changement du désir sexuel, de la fatigue ou une perte d'énergie, une modification des habitudes de sommeil.

Souvent, les hommes et les femmes ne vivent pas le deuil de la même façon. En effet, le lien affectif entre la femme et le bébé est souvent présent dès le début de la grossesse, alors que l'homme développe plutôt ce lien quand les signes de la présence du bébé sont tangibles (au 2e ou 3e trimestre ou même à la naissance). La réaction d'un homme à une fausse-couche, par exemple, peut être très différente de celle de la femme. De plus, la manifestation des émotions et les stratégies d'adaptation au deuil peuvent être différentes. Certaines personnes peuvent avoir besoin de solitude et souhaiter se plonger dans des activités tandis que d'autres ont besoin de parler et de se reposer. Il est important de ne pas juger la façon dont votre partenaire vit son deuil, même si elle est très différente de la vôtre et si elle vous paraît incompréhensible.

En cas de besoin, n'hésitez pas à demander de l'aide à un professionnel de la santé ou à une association de soutien.

Qu'est-ce qui pourrait m'aider à vivre mon deuil?

Pour réussir à surmonter votre deuil, la première étape est de reconnaître votre droit à avoir de la peine et de vous donner du temps. Il peut aussi être utile de chercher du soutien auprès de gens en qui vous avez confiance et par qui vous vous sentez écouté.

Certaines associations proposent des forums de discussions ou des rencontres entre parents qui vivent la même situation. Consultez la page Informations pratiques pour en savoir plus.

Par ailleurs, pratiquer une activité physique peut aussi vous aider à relâcher les tensions et à vous sentir mieux. 

Dois-je parler aux frères et soeurs?

On recommande généralement de faire l'annonce de la perte dès que possible, à tous les enfants en même temps, de les laisser en parler librement et de répondre à leurs questions.

Chez les enfants, la compréhension de la mort évolue en fonction de l'âge. Avant 2 ans, il est presque impossible de leur en parler. Partir de ce que votre enfant sait déjà ou de ce qu'il veut savoir peut être une bonne façon d'aborder le sujet.

Dans tous les cas, il faut faire attention aux mots employés afin d'éviter la confusion (les expressions comme « bébé fait dodo », par exemple, sont à éviter). Le mieux est de donner des explications courtes, simples et vraies (par exemple « bébé est mort »). De plus, vos enfants sentent généralement que vous êtes triste. Mieux vaut donc en parler et essayer de les rassurer qu'éviter le sujet. 

Comment aider mes autres enfants à faire leur deuil?

Les enfants de la famille vivront eux aussi le deuil périnatal et la réaction de leurs parents influencera leur cheminement. Ils peuvent eux aussi ressentir des émotions difficiles, par exemple :

  • être inquiets pour le bien-être de leurs parents;
  • se sentir abandonnés;
  • se sentir coupables d'avoir souhaité la mort du bébé;
  • avoir peur que leurs parents meurent, etc.

La meilleure façon d'aider vos autres enfants dépend de leur âge :

  • Avant 2 ans, les enfants ne comprennent pas la notion de mort. Toutefois, ils peuvent percevoir vos changements émotionnels et cela peut leur faire ressentir de l'insécurité. Il est donc recommandé de maintenir une routine quotidienne rassurante.
  • Entre 3 et 5 ans, les enfants perçoivent généralement la mort comme temporaire et ils la confondent parfois avec le sommeil. Il faut donc leur donner des explications simples et vraies.
  • Entre 6 et 12 ans, les enfants comprennent que la mort est irréversible. Il faut donc être rassurant et écouter leur chagrin.
  • Les adolescents, même s'ils peuvent sembler indifférents, sont parfois amenés à se poser des questions existentielles sur le sens de la vie et de la mort. Leur proposer de participer à des groupes d'entraide peut être utile.

Comment épauler mon partenaire?

La mort d'un bébé constitue une épreuve importante pour le couple. Comme les partenaires ne vivent pas les phases du deuil de la même façon ou avec la même intensité, ils peuvent se rapprocher ou s'éloigner.

Parmi les difficultés, on peut observer :

  • une mauvaise interprétation des émotions de l'autre;
  • de la colère dirigée vers l'autre parent;
  • de l'incompréhension et des problèmes de communication;
  • une baisse de l'intimité et une perturbation des activités sexuelles.

Pour aider votre partenaire, il est important d'être à l'écoute de ses émotions et de ne pas les comparer aux vôtres. Il faut aussi lui exprimer ce que vous ressentez sans agressivité. N'oubliez pas que cette période est difficile pour vous deux.

Comment faire face aux réactions des gens?

Le malaise que ressentent les gens face à votre deuil peut les rendre très maladroits lorsqu'ils s'adressent à vous, malgré de bonnes intentions. Certaines personnes pourraient être mal à l'aise en vous parlant et faire des commentaires ou vous poser des questions qui vous semblent déplacés. La plupart des gens ne savent tout simplement pas comment réagir à votre chagrin.

Il est donc important de parler librement de ce que vous ressentez et d'exprimer vos besoins. Cela permettra à votre entourage de comprendre ce que vous vivez, de mieux interagir avec vous et de vous apporter le soutien nécessaire.

Comment aborder une nouvelle grossesse?

Il n'existe pas de lignes directrices médicales sur le meilleur moment pour débuter une nouvelle grossesse après un décès périnatal. Certains parents veulent essayer d'avoir un autre enfant le plus rapidement possible, tandis que d'autres préfèrent attendre d'être remis physiquement et émotionnellement.

Pour certaines femmes, la grossesse suivante est vécue positivement et réduit la durée du deuil. Pour d'autres, elle ravive le souvenir de la perte et entraîne des symptômes anxieux et dépressifs.

Plusieurs mères disent avoir de la difficulté à former un lien affectif avec le prochain bébé pour les raisons suivantes :

  • crainte de vivre un nouveau deuil;
  • tristesse persistante liée à la perte du bébé précédent;
  • culpabilité liée à l'impression de remplacer le bébé décédé par un autre.

Les pères peuvent également se sentir anxieux lors de la grossesse suivante et s'inquiéter pour le bien-être de leur partenaire et du bébé. Certains pères réagissent en se coupant émotionnellement de la situation, tandis que d'autres peuvent éprouver un besoin de contrôler et de suivre la grossesse de près.

La décision de commencer une nouvelle grossesse dépend donc de chacun. Pour vous orienter dans votre choix, demandez conseil à un professionnel de la santé. Il pourra vous aider à évaluer si vous vous sentez prêts, explorer avec vous les émotions que vous ressentez et vous fournir le soutien et la réassurance dont vous avez besoin. 

Contenu diffusé avec l’autorisation du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) et adapté par le CIUSSS du Nord-de-l'Île-de-Montréal.